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La diaspora vietnamienne et sa coopération avec le Vietnam – Nguyen Quy Dao

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La diaspora vietnamienne et sa coopération avec le Vietnam – Nguyen Quy Dao

La diaspora vietnamienne et sa coopération avec le Vietnam.

NGUYEN QUY DAO
Directeur de recherches émérite au CNRS
Professeur à l’Ecole Centrale Paris
Ancien Directeur du Bureau CNRS à Hanoi.

Quelques considérations historiques.

La diaspora vietnamienne la plus ancienne est sans aucun doute celle actuellement installée en France. En effet dès le début du XXème siècle, à l’époque de la colonisation et du protectorat français, des contingents de soldats-ouvriers vietnamiens sont venus pour combattre dans les rangs de l’armée française au cours de la première, puis la deuxième guerre mondiale. Beaucoup de ces soldats sont restés en France, formant ainsi la première communauté vietnamienne à l’étranger. Durant toute cette période, de jeunes vietnamiens issus de familles d’intellectuels sont venus étudier en France mais la plupart d’entre eux sont rentrés au pays après leurs études terminées.
De 1946 jusqu’à la fin de la guerre d’Indochine en 1954, d’autres jeunes Vietnamiens sont venus en France pour y poursuivre des études supérieures. Beaucoup d’entre eux, bloqués en France à cause du partage du Vietnam et de la guerre qui s’y déroulait ensuite jusqu’en 1975, se sont établis définitivement en France. C’était la première vague de l’établissement de la diaspora à l’étranger.

Après une courte période d’interruption de 1955 – 58, à partir de 1959 et pendant toute la durée de la guerre américano-vietnamienne, un flot continu de jeunes gens francophones issus de familles relativement aisées du Sud Vietnam étaient venus en France pour y poursuivre des études, enrichissant ainsi fortement la palette des intellectuels vietnamiens de la première vague. Mais à la fin de cette guerre, un grand exode s’est manifesté avec des départs massifs de réfugiés vietnamiens vers les Etats-Unis d’Amérique, vers l’Europe, et aussi vers d’autres régions du globe.

Entre 1975 jusqu’au début des années 80, indépendamment des boat-people qui s’enfuyaient à partir des côtes vietnamiennes, on assistait à des départs par avions entiers de familles vers différents pays occidentaux, sous la couverture du Haut Commissariat aux Réfugiés. La plupart de cette population étaient des personnes d’un certain âge avec des niveaux d’études très variés.
C’est ainsi que, par la force des choses, la diaspora vietnamienne s’est vue renforcer avec cette deuxième vague d’émigration dans divers pays du monde.

Cette communauté compte maintenant des descendants constituant la deuxième, voire la troisième génération. Beaucoup d’entre eux ont bien réussi dans la société française, mais continuent à conserver la langue, la culture et l’esprit vietnamiens.

Sans les inclure dans la diaspora, il faut signaler aussi une dernière catégorie de Vietnamiens, ceux qui sont venus tout récemment en France, en tant que boursiers, soit du gouvernement français, soit du gouvernement vietnamien, pour y poursuivre leurs études. Après avoir terminé avec brio leurs cursus universitaires, et avant de rentrer au Vietnam, ces jeunes gens sont restés quelques années supplémentaires pour perfectionner leurs expériences professionnelles. Il s’agit là aussi d’un corps d’élite sur lequel on peut compter tant pour leurs niveaux d’études que pour leur jeunesse, avec leur enthousiasme et leur engagement. Citons l’association Dông Hành créée en 2001 par quelques-uns d’entre eux. Elle a déjà attribué plus de 1000 bourses d’études aux élèves et étudiants démunis dans diverses villes du Vietnam.

Bien que beaucoup moins importante et moins puissante que celle des chinois, la diaspora vietnamienne a manifesté une grande solidarité face à l’adversité qui frappait son pays pendant les guerres et lors de la phase de reconstruction du pays.
Les réalisations de la diaspora vietnamienne en France se présentent sous divers aspects. Des manifestations culturelles pour resserrer les liens amicaux de la communauté, comme des organisations de fêtes traditionnelles et de rencontres artistiques, des réalisations d’oeuvres collectives au profit du Vietnam comme la création de village pour orphelins, ou encore des publications de livres scientifiques ou de vulgarisation en vietnamien. Pour des réalisations de grande envergure, le rôle de la diaspora est souvent déterminant, tout en restant discret. Il s’agit là d’un rôle de catalyseur ou de cheville ouvrière permettant la conception, la concrétisation ou la réussite d’un projet.

Pour illustrer concrètement une coopération de la diaspora avec le Vietnam, permettez-moi de citer ici comme exemples quelques actions que nous avons pu réaliser avec l’aide de la communauté vietnamienne en France pour la coopération scientifique avec le Vietnam. Le Centre de Service d’Analyse et d’Expérimentation (le CSAE) à Hô Chi Minh-ville a fêté ses 20 ans d’existence il y a quelques années. Ce centre est considéré maintenant comme un exemple de réussite de la coopération franco-vietnamienne, mais peu de monde connaît réellement sa genèse. L’idée de créer un Centre d’analyse chimique moderne vient du fait qu’il y avait à Hô Chi Minh-ville une affaire de talc frelaté qui a tué des centaines de bébés dans le Sud du Vietnam au début des années 80. C’est l’équivalent de l’affaire du talc Morhange en France quelque quinzaine d’années auparavant. Ayant appris ces tristes nouvelles dans les journaux vietnamiens diffusés en France, l’idée nous est donc venue de dire que s’il y avait un Centre d’analyse chimique au Vietnam, de tels accidents n’auraient pas été arrivés. Le groupe de chimistes vietnamiens de France a alors décidé d’organiser en 1981, au sein de la communauté vietnamienne, un Colloque sur la Chimie Appliquée à l’Université d’Orsay, puis en été 1982, il a organisé une Ecole Internationale de Chimie analytique à Hô Chi Minh-ville avec un groupe d’enseignants-chercheurs venant de France composé de 3 français et 6 Viet Kieu.

Le but de telles manifestations était de sensibiliser les autorités vietnamiennes sur l’utilité et la nécessité d’un Centre d’analyse chimique et d’en créer un rapidement puisque la situation l’exigeait, de remettre à niveau les connaissances des scientifiques vietnamiens des dernières techniques modernes d’analyse pour les préparer à travailler dans ce futur Centre, de permettre aux experts venant de France d’appréhender les réalités du pays, de connaître les collègues vietnamiens et d’établir finalement un plan pour la construction d’un laboratoire d’analyse chimique. L’Ecole Internationale de Chimie analytique a été financée par le CNRS, le Ministère de l’Industrie et de la Recherche et surtout par l’ACCT, l’Agence de Coopération Culturelle et Technique des pays francophones. Le laboratoire construit selon les normes internationales a été possible grâce au financement vietnamien avec l’apport du MAE français et du CNRS. Commencé en 1983, il a été inauguré par Monsieur Roland Dumas, ministre français des Affaires Etrangères, en 1987. Il a eu rapidement le label ISO9001 et nouvelle encore plus réconfortante, il vient de créer une filiale à Cân Tho qui devra entrer en fonction dès l’été 2009. Dans tout ce projet, l’initiative, les efforts d’organisation, la participation à la réalisation du projet ont été portés par des chimistes Viet Kieu de France.
Avant de terminer cette intervention, permettez-moi en tant que chercheur ayant participé à l’enseignement dans une école d’ingénieurs et dans diverses universités en France, de donner quelques opinions personnelles sur le projet Université Scientifique et Technologique de Hanoi. Il s’agit d’un projet vietnamien dont la France est partenaire.

L’un des facteurs très favorables pour la réussite du projet actuel est sans doute la volonté forte du gouvernement vietnamien pour construire cette Université nouvelle au standard international. Une telle université exige cependant une sélection sérieuse des étudiants au niveau des admissions, un encadrement de haute qualité, des équipements scientifiques modernes, un programme pédagogique cohérent et une très grande compétence du corps d’enseignants tant scientifique que pédagogique. Le projet actuel débute avec des enseignements de 3ème cycle, pour former des Masters et des Doctorants, avant de construire dans une deuxième phase le second cycle, la Licence. Je suppose que ceci est du au fait que le maître d’oeuvre est l’Académie des Sciences et des Technologies du Vietnam dont les membres sont composés essentiellement de chercheurs. Ceci n’est pas un problème en soi, bien au contraire, si on veut accélérer les choses c’est-à-dire mener prioritairement la formation post-universitaire pour obtenir rapidement un contingent de cadres et de professeurs, mais ceci suppose aussi que les diplômés issus du second cycle que l’on recrute pour ce programme soient déjà de haut niveau scientifique, alliés à de très grandes qualités humaines. Combien y aura-t-il de candidats qui répondent à ces critères ? C’est ce qui explique sans doute que, pour le moment, seul un certain nombre de thèmes prioritaires sont proposés, et qui exigent l’existence d’enseignants-chercheurs confirmés et expérimentés ayant déjà effectués des recherches approfondies dans ces domaines.
L’enseignement du 2nd cycle est très différent de celui du 3ème cycle, aussi bien sur le plan du programme que sur le plan de la constitution du corps d’enseignants. Nous en reparlerons certainement le moment venu.
Conclusion.
Pour conclure sur le thème de mon intervention « Développement de l’Université et diaspora vietnamienne », on peut affirmer en prenant des exemples du passé que les potentialités de la diaspora sont nombreuses et intéressantes. De nombreux Vietnamiens vivant à l’étranger ont réussi leur carrière professionnelle et on peut remarquer que dans le domaine de la coopération avec le Vietnam, leur présence et leurs marques, même discrètes se trouvent attachées à plusieurs projets d’envergure. De nombreux projets d’enseignement et de recherche ont abouti au Vietnam grâce à la contribution de Viet Kieu. Des universités privées au Vietnam ont dans leur équipe dirigeante d’anciens Viet Kieu.

On peut pour terminer résumer quelques points forts suivants concernant la diaspora vietnamienne :
1. Un réel désir de coopérer avec le Vietnam car la diaspora se sent réellement attachée à son pays d’origine. Cette coopération est désintéressée et lui permet de se sentir utile.
2. Une double culture française et vietnamienne, permettant une bonne compréhension du problème posé, une analyse fine des difficultés éventuelles, et souvent, elle permet ainsi de trouver des approches satisfaisantes ajoutant ainsi des chances de réussite aux projets, que ce soit en tant que catalyseurs ou porteurs de projets.
3. Des capacités organisationnelles, scientifiques et intellectuelles : il y a de nombreux Viet Kieu qui sont enseignants, chercheurs et industriels capables d’aider directement ou indirectement le Vietnam, y compris ceux qui se trouvent ailleurs qu’en France. Ils peuvent également enseigner en Vietnamien ajoutant un atout supplémentaire dans certains cas.

NQD, Intervention au Colloque Etats généraux de la Francophonie au Vietnam, 23-31.03.2009.

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